L’Institut Histoire du bâtiment parisien Château féodal, refuge de brigands, monastère, poudrerie, pépinière, école coloniale, grande école d’administration : le site du 2 avenue de l'Observatoire, voisin du jardin du Luxembourg et de l'Observatoire de Paris, est riche de dix siècles d'une histoire mouvementée ! Dernière modification le 18 septembre 2026 Crédit image | ©François Nussbaumer Sommaire Histoire d'un lieu, histoire d'une institution L'architecture du bâtiment De l'ENA à l'INSP Après avoir été le siège de l’École nationale d’administration (ENA) jusqu’en 1991, l’ancien bâtiment de l’École coloniale dans le 6e arrondissement de la capitale est désormais l’antenne parisienne de l’Institut national du service public (INSP). Créé le 1er janvier 2022, l’INSP est l’opérateur public français de référence pour le recrutement, la formation initiale et la formation continue des cadres supérieurs et dirigeants de l’État. Histoire d'un lieu, histoire d'une institution Robert II, dit Le Pieux (972-1031), fils et successeur de Hugues Capet, bâtit le premier en ce lieu. Son château appelé Hôtel de Valvert puis de Vauvert, fut délaissé par les successeurs de Robert II et abandonné pendant plus d’un siècle. Des chartreux à l’École coloniale En 1257, Saint Louis fit don des ruines du château à l’ordre des Chartreux, qui y fondèrent un monastère. Celui-ci prospéra jusqu’à la révolution française lorsque la Chartreuse de Paris devint « bien national ». Les religieux quittèrent alors le couvent qui fut un moment converti en fabrique de poudres et salpêtres. En 1801, Napoléon fit installer une pépinière ouverte au public jusqu’en 1848. Le terrain devint alors un enjeu permanent entre administrations puis fut divisé en trois lots : Le premier fut attribué en 1876 pour la construction de l'École de pharmacie Le deuxième revint au ministère de l'Instruction publique en 1882, pour y construire le Petit Louis-le-Grand Le troisième lot fut attribué en 1894 au ministère des Colonies pour y installer l'École coloniale À l’origine de l’École coloniale Auguste Pavie, explorateur et diplomate, arrive à Paris en 1885 accompagné de treize jeunes Khmers issus de l’élite cambodgiennes, afin de leur apprendre à « connaître notre pays ». La Mission cambodgienne devient très rapidement l’École cambodgienne puis l’École coloniale qui s’installe avenue de l’Observatoire en 1896, parallèlement à la création du ministère des Colonies. L’architecte Maurice Yvon choisit une architecture néo-mauresque et l’École devient ainsi une vitrine de l’art colonial de la troisième République. En 1926, Georges Hardy crée des classes préparatoires aux lycées Louis le Grand, Chaptal et Henri IV et obtient la gratuité de l’enseignement contre l’obligation de servir cinq ans dans l’administration coloniale. L’exposition coloniale de 1931 augmente sensiblement le flux de candidats. L’école nationale de la France d’outre-mer En 1934, l’École coloniale devient l’École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM). Ses directeurs successifs en font une école prestigieuse, où enseignent nombre de personnalités (en 1944, Léopold Sédar Senghor devient titulaire de la chaire de civilisations et langues africaines). L’ENFOM fonctionne pendant la guerre et nombre d’élèves et anciens élèves s’illustrent dans la résistance. Le plus célèbre d’entre eux, Raymond Dronne, fut le 1er officier de la 2e DB à entrer dans Paris le 24 août 1944. Henri Maspero, qui enseigne l’histoire de l’Indochine à l’ENFOM, meurt en déportation et plusieurs élèves connaissent le même sort tragique. La naissance de l’Institut international d’administration publique La création de l’ENA et les débuts de la décolonisation signent la fin de l’École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM) qui avait succédé à l’École coloniale. La formation des contrôleurs civils destinés au Maghreb se voit confiée à l’ENA. En 1954, après Dien-Bien-Phu, la section indochinoise est fermée. Cependant, en 1957, des fonctionnaires locaux peuvent passer un 3e concours et, à l’issue de leur scolarité, entrer dans le corps des administrateurs. Avec le retour au pouvoir du Général de Gaulle et la création de la Communauté franco-africaine, le recrutement est stoppé en 1958. L’Institut des hautes études d’outre-mer lui succède en 1959. Les administrateurs issus de l’ENFOM sont reconvertis dans l’administration française et l’IHEOM a pour objectif de « former les cadres administratifs de la Communauté dans une institution ouverte à l’ensemble des pays du monde ». Les enseignements alternent avec les visites sur le terrain. L’Institut international d’administration publique, créé par le Général de Gaulle en 1966, témoigne de la volonté d’ouverture à d’autres continents, et en particulier à l’Amérique latine. Le nouvel institut est placé sous la tutelle du Premier ministre. En 2002, l’ENA fusionne avec l’Institut international d’administration publique. La réforme de l'encadrement supérieur de l'État : l'ENA est supprimée, l'INSP est créé Le 8 avril 2021, le président de la République française, Emmanuel Macron, annonce une réforme de la haute fonction publique. Parmi les mesures annoncées figure la suppression de l’ENA. L’INSP est créé le 1er janvier 2022. Il devient l'opérateur public français de référence pour le recrutement, la formation initiale et la formation continue des cadres supérieurs et dirigeants de l’État. Le siège de l'INSP se situe à Strasbourg, symbole de décentralisation et d'ouverture vers l'Europe. Le département de la formation continue et la direction des relations internationales se situent à Paris, avenue de l'Observatoire. Découvrir l'histoire du bâtiment strasbourgeois L'architecture du bâtiment Rénovation du bâtiment Des travaux de rénovation de la façade, des boiseries, des mosaïques et l’aménagement du patio ont été effectués en 2008 pour redonner à l’École son aspect initial. Crédit image | ©François Nussbaumer Transcription Fermer la transcription Le patio rénové La bibliothèque, le grand plafond... Peinte en 1913 par Claude Charles Bourgonnier, la fresque du grand plafond est intitulée « La France entourée de ses colonies et tenant d’une main le flambeau de la vertu fait flotter le drapeau tricolore sur le monde ». Sur la droite de la toile, derrière une tribune évoquant l’escalier d’honneur sont peintes huit figures, on reconnaît : Le président de la République, Fallières (avec son grand cordon de la légion d’honneur) Eugène Étienne, ministre de la Guerre Paul Dislère (les mains en avant), Conseiller d’État, Président du Conseil d’administration de l’École coloniale Maurice Yvon, l’architecte Lucien Hubert, directeur de l’association des élèves et anciens élèves de l’École coloniale Crédit image | ©N. Lambert Transcription Fermer la transcription Le grand plafond de la bibliothèque Et le petit plafond... Peinte en 1920, la fresque est intitulée « La Gloire et la Renommée suivant les Coloniaux ».La guerre est évoquée avec une frise de soldats en premier plan, dont certains sont des tirailleurs sénégalais. La renommée est symbolisée par une jeune femme jouant de la trompette. La mosaïque de Charles Lameire Une mosaïque de style mauresque, commandée au décorateur Charles Lameire (1832-1910), fut posée sur la façade à temps pour l'inauguration de 1896 ; elle est toujours en place, ayant été protégée dès cette même année par son inscription à l'inventaire des Beaux-Arts. Les tympans des portes et des fenêtres donnant sur la rue Auguste-Comte furent également décorés de sculptures et de mosaïques. Crédit image | ©N. Lambert Transcription Fermer la transcription Mosaïque de Charles Lameire (1832-1910) encadrant la porte d’entrée La frise de la manufacture nationale de Sèvres En 1906 et 1907 furent posés des carreaux en grès cérame, imitant la faïence. Ils ont été réalisés par la manufacture de Sèvres, moins coûteux qu'une véritable faïence ou une mosaïque. Ces frises d'un bleu turquoise, situées au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée et de la cour de l'administration, sont encore en place aujourd'hui. Crédit image | ©Institut national du service public (INSP) Transcription Fermer la transcription Frise de la manufacture nationale de Sèvres