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Rejoindre l'administration après un parcours dans le secteur privé : le portrait de Barbara

Forte d’un parcours scientifique et économique ainsi que d’une riche expérience internationale dans le secteur privé, Barbara Ngouyombo a choisi de mettre son agilité et sa vision stratégique au service de l'État en intégrant l’INSP par la voie du troisième concours. De retour de son année d’immersion sur le terrain qui l’a menée de Genève à Lyon en passant par le ministère des Armées, elle partage son regard sur un cursus qui valorise les singularités pour bâtir l’action publique de demain.

10 juillet 2026
Crédit portrait | ©Axel Dorr, INSP • Visuel généré avec l’aide de l’IA et vérifié par un humain

Vous veniez d'un univers où l'agilité et la performance se mesurent différemment. Qu'est-ce qui, dans votre parcours professionnel précédent, a déclenché l'envie de mettre vos compétences au service de l’intérêt général ?

J'ai évolué pendant plusieurs années dans le secteur de la santé et de l’industrie pharmaceutique, à des fonctions qui m'ont amenée à travailler à l'international et à interagir régulièrement avec des cadres supérieurs et dirigeants français. J'ai été profondément inspirée par leur investissement et leur engagement dans le rayonnement de la France à l'étranger. 

Travaillant sur des projets de développement avec Expertise France ou l'Agence française de développement, j’ai pu mesurer de près l’impact concret de l'action publique. Plus personnellement, ayant grandi dans un territoire d'outre-mer, à l’île de la Réunion, j'ai une conscience aiguë du rôle fondamental de l’État pour pallier les inégalités et adapter les politiques aux spécificités locales. 

Le troisième concours est une opportunité remarquable pour les profils expérimentés de rejoindre l'administration. C'est une ancienne collègue et enseignante à Sciences Po Paris qui m'a parlé de la réforme des concours d’entrée à l'INSP. Je me suis renseignée et je me suis lancée dans cette voie d'accès qui valorise la diversité des horizons.

Crédit image | ©DR • Institut national du service public (INSP)

Y a-t-il eu une perte de sens ou un déclic dans vos fonctions précédentes qui a accéléré votre décision ?

Non, pas de perte de sens à proprement parler, car le secteur de la santé est passionnant, mais j'avais le sentiment d'avoir fait le tour des perspectives qui s'offraient à moi. J'ai éprouvé le besoin de changer d’horizon, de bousculer mon propre écosystème et de diversifier mes compétences, notamment dans le domaine régalien, ce qui reste difficile dans le secteur privé. 

Le statut d’administratrice de l'État offre précisément cette immense valeur ajoutée : la possibilité de naviguer dans des domaines aussi variés que l'économie, la santé ou la défense. Le véritable déclic a été la volonté d'être au cœur de la décision, de conseiller les autorités et de nourrir une vision stratégique à long terme pour les politiques publiques.


L'un des plus grands verrous psychologiques des candidats issus du secteur privé est probablement la peur de la culture « fonction publique », la peur du « moule », du jargon administratif. Comment les concours puis les enseignements vous ont-ils rassurée sur le fait que l'INSP recherchait votre singularité plutôt qu'un profil type ?

Je n'ai pas du tout appréhendé ce jargon ou la technocratie souvent reprochée à l'administration. Au contraire, la préparation des concours puis l'entrée à l'Institut ont été sources d'un grand épanouissement intellectuel. Découvrir les finances publiques a été une révélation ; j'ai le sentiment qu'un voile s'est levé sur les mécanismes de l'action publique et cela a fait écho à ma curiosité intellectuelle, moi qui aime apprendre de manière régulière. Le cursus permet d'élargir notre panel de connaissances sur des sujets très variés. 

De plus, la force de notre promotion réside dans la variété de ses profils : la mixité entre les élèves internes, qui ont vécu l'administration de l'intérieur, et les élèves externes, qui apportent la perspective de leurs stages ou expériences contractuelles, crée une dynamique d'échange permanente particulièrement enrichissante.


Comment s'est passée l’« acculturation » aux codes de la fonction publique durant les premiers mois ?

Dès le premier mois, le module de légistique m'a beaucoup marquée. On nous y sensibilise au fait que les normes que l'on crée concernent de vrais usagers, ce qui pousse à réfléchir à leur impact concret. C’est une entrée en matière complétée par des interventions de praticiens de haut niveau qui partagent leur quotidien. Ces échanges directs, notamment sur la gestion de la dette publique à un moment charnière où il faut trouver des solutions, ou sur l'intelligence artificielle, les revues de dépenses, nous plongent dans la réalité des dossiers. 

De plus, les mises en situation professionnelles organisées à l'Institut, sur des problématiques d'actualité qui occupent les directions ministérielles, constituent un excellent moyen d'adopter les réflexes de l'État.


Pendant votre année d’immersion sur le terrain, vous avez été confrontée aux réalités concrètes de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques publiques. Comment avez-vous réussi à transposer vos acquis issus du secteur privé pour fédérer des acteurs ou gérer des situations de crise ?

L’année de terrain est le moment le plus riche de la scolarité. Nous y bénéficions d'un positionnement unique : nous sommes ancrés opérationnellement dans le quotidien des services tout en ayant un accès privilégié à la décision auprès des ambassadeurs-rices, des préfet-e-s ou des directrices et directeurs d'administration centrale. 

Mon parcours m'a menée à la représentation permanente de la France auprès de l'ONU à Genève, au ministère des Armées, puis en préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon. En préfecture, j'ai été immergée au sein de la direction de la migration et de l'intégration, et j'ai activement participé à la gestion de crises opérationnelles (agricoles, incendies dans des quartiers prioritaires de la ville ou planification de grands événements). 

Dans ces moments de forte tension, ma capacité issue du privé à mobiliser rapidement des acteurs divers, à comprendre les compétences de chacun et à créer des synergies partenariales s’est révélée indispensable. Face à l'urgence, on comprend vite que l'État ne peut pas tout, tout seul, et que la réussite repose sur le travail collectif.

Crédit image | ©DR • Institut national du service public (INSP)

Quelles ont été vos principales surprises face à la réalité du terrain ?

Ma principale surprise a été de mesurer l'ampleur des attentes qui pèsent quotidiennement sur l'État, mais aussi de découvrir l'importance de la gestion partenariale avec les collectivités territoriales. Le terrain confronte nos certitudes à la réalité. J'ai pu observer de manière très concrète que les politiques publiques ne se déclinent pas toujours sur le terrain comme on l'avait prévu en administration centrale ou découvrir des environnements à fort engagement qui m’étaient inconnus, comme celui de l’administration pénitentiaire. C'est une confrontation très formatrice. 

Enfin, la surprise a été aussi personnelle et positive. Constater, lors des retours sur mes missions, que les équipes saluaient ma capacité d'adaptation et ma valeur ajoutée dans le conseil à la décision publique m'a confortée dans ce choix de carrière après mes années dans le privé.


Passer du secteur privé à un poste de cadre dirigeant de l’État constitue une véritable évolution de carrière. En quoi les bilans personnalisés menés avec le conseil de professionnalisation, les sessions de coaching et les échanges avec les équipes pédagogiques vous rassurent-ils sur votre capacité à prendre sereinement votre premier poste de cadre supérieur à la sortie ?

L'atout majeur de l'INSP réside dans la modularité de ses dispositifs d'accompagnement, que chaque élève peut activer au fil de ses besoins. Pour ma part, le conseil de professionnalisation a été d’une grande aide dès le début de la scolarité. Lorsque l’on arrive du privé sans réseau établi, ces échanges confidentiels permettent de structurer son projet professionnel et de bénéficier des conseils avisés de dirigeants publics issus d'horizons variés. 

Le fait que ce suivi soit perlé en quatre sessions tout au long du cursus permet de mesurer son propre cheminement et d'ajuster ses choix avant les étapes clés, comme l'année de terrain ou la procédure d'appariement. Les sessions de coaching ou les mises en situation professionnelles complètent parfaitement ce dispositif. Cet accompagnement sur-mesure permet d’appréhender sereinement nos futures responsabilités.

Crédit image | ©Axel Dorr • Institut national du service public (INSP)

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